Frère Benoît-Marie Florant
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
Frère Benoît-Marie Florant
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
“Dans son discours d’adieu, le Christ Jésus aiguise en nous le désir de le retrouver, d’être avec lui. Le mystère pascal est le double récit du retour au Père du Christ, et de notre chemin, à sa suite, pour goûter cette place qu’il nous réserve auprès de lui.
Évangile
Jean 14, 1-12
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »
Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »
« Qu'est-ce que ça veut dire d'être ensemble si on n'est pas ensemble ? », fredonne le chanteur Aliocha, dans une chanson intimiste qui dit le désir profond de retrouver la présence de l’être aimé. Cette présence est rassurante. Nous cessons d’imaginer l’être aimé en danger. La communion peut être trop possessive, mais aussi paresseuse. Elle nous évite de penser qu’il existe d’autres manières d’être ensemble, que la vie est multiforme et qu’elle s’épanouit dans une communion qui s’ouvre plutôt qu’une communion qui se ferme. À l’évocation de cette chanson, c’est peut-être la pensée d’un ami qui vous viendra à l’esprit, ou celle de votre conjoint. Peut-être encore le souvenir de vos enfants partis fonder leur propre famille, ou simplement partis en voyage d’étude, ce qui est une bonne préparation au grand saut de l’indépendance.
Lorsque le Christ évoque à ses amis son retour au Père, il se trouve dans la situation inverse. Il se prépare à rentrer chez lui, chez son Père, comme en son lieu propre, le lieu d’où il vient, le lieu qui lui rappelle qui il est, dans une communion de plénitude. Nous savons bien que l’éloignement creuse le désir de la présence. Alors nous envoyons une photo d’un lieu visité, d’un paysage qui nous a bouleversés. Nous convoquons la mémoire de celui qui nous manque en lui disant que nous goûtons un plat qu’il aime ou qui lui ferait envie, ou nous faisons mémoire des moments partagés. Le Christ ne fait pas autrement. Quand il évoque ce lieu qu’il nous prépare, il nous le présente comme le lieu de sa plus grande proximité avec Dieu son Père. Il suscite en nous le désir de partager aussi sa demeure, son lieu propre, comme sommet de la relation d’amitié qu’il entretient avec nous. Pour nous aussi, le désir d’être ensemble est déjà une communion. Il n’est pas seulement une nostalgie ou une attente. Ce désir est déjà la présence de Dieu en nous et la promesse de l’unité.
Jésus nous dit encore autre chose. Le désir et la réalité de sa communion ne viennent pas seulement du fait d’être deux réunis, mais d’être profondément un. « Le Père est en moi et je suis dans le Père », nous dit-il. S’il est plus difficile de nous représenter cette manière d’être en l’autre, nous ne manquons toutefois pas d’expérience. Vous, les femmes qui avez porté un enfant, vous vous souvenez de ce que signifie porter quelqu’un en soi. L’expérience inverse est encore plus universelle, mais nous ne nous souvenons pas, en général, de ces 9 mois passés dans la chaleur du sein maternel. La grossesse n’est pas exempte de beaucoup d’inquiétudes, mais elle laisse derrière elle un lien bien souvent inaltérable, un attachement viscéral, une reconnaissance qui a le prix de la vie.
C’est encore ce que nous vivons, frères et sœurs, lorsque nous nous attachons à ce qui se passe en nous lorsque nous communions au Corps du Christ. Lorsque je reçois le Corps du Christ, je fais l’expérience de cette hospitalité mendiée par Jésus lui-même, qui veut faire sa demeure en moi. Par le baptême, nous sommes devenus temple de l’Esprit Saint. Par la communion eucharistique, nous devenons demeure du Corps du Christ. Le Christ vient en moi et m’attire avec lui vers son Père. Il me fait visiter le sanctuaire de sa vie divine. Il m’en donne le goût et accroît le désir de cette communion. Il est ce passage, il est ce chemin qui me fait entrer dans la maison du Père.
Serait-ce là seulement une communion personnelle et incommunicable ? Non. Parce qu’elle ne se divise pas en se partageant, la communion avec Dieu est l’objet même de l’activité missionnaire de l’Église. Le partage du pain par les diacres, au livre des Actes des Apôtres, autant service de l’autel que service de la charité fraternelle, est déjà la mise en œuvre de la communion partagée. Mais elle est aussitôt suivie de l’annonce de l’évangile, par la prédication. Comme Jésus partageait sa communion à ses disciples, nous ne pouvons pas la garder pour nous-mêmes.
Je veux voir Dieu, je veux contempler mon Sauveur,
Je veux puiser à sa lumière la joie infinie de mon cœur (bis)
Dieu vivant, Dieu Trinité, tu demeures en moi.
Viens y faire rayonner ta gloire !
Source infinie de bonté, fontaine de joie,
Toi seul peux me rassasier, Seigneur !
Tout mon être te désire et mon cœur gémit :
Quand pourrai-je contempler ta face ?
Par ma foi et mon amour, je m’ouvre à ta grâce.
Que ta volonté se fasse en moi !
Interprété par Choeur dans la ville
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